Calexico

Blog « entre deux eaux »

juillet 2012 / 23:34 Publié dans divers, entre deux airs | Lien permanent |Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : arts de la rue,chalon dans la rue, chalon-sur-saöne

J'en ai pris plein la tête et les oreilles. Plein le cœur aussi. Les arts de la rue ne méritent pas d'être considérés comme un genre mineur. On est loin aujourd'hui des échassiers et des clowns suiveurs. Ils sont une terre de création, d’expérimentation particulièrement féconde. Un des lieux de la culture où l'on se pose le plus la question de l'accès du public, de sa place, de sa participation. Un des lieux où le réel est questionné avec le plus d'acuité aussi. On y trouve des projets où la qualité d'écriture est exigeante, autant, peut-être même davantage que dans le théâtre ou l'opéra. Ici la scène n'est pas à ton service, avec son plateau tout équipé, sa technique sophistiquée, ses lumières, ses machineries. C'est toi qui es au service de la scène, c'est-à-dire du trottoir, du jardin public, du mur, c'est toi qui lui donne vie, qui leur donne sens. Et le public n'est pas captif, retenu enfermé dans le prix de son billet d'entrée. Tu dois le conquérir, à la force de ta proposition. Tu dois le conserver, à la force de ton verbe, de ton geste. Tu dois lui arracher les larmes quand toute la ville bruisse autour de ses propres misères. La performance est en tout remarquable, les saltimbanques ne sont plus les colporteurs des bonnes ou des mauvaises nouvelles : ils sont des utopistes, des créateurs d'univers, avec des budgets ramenés à la portion congrue, mais souvent avec la rage de changer le monde.

Chalon ne manque pas de snobisme non-plus. Il a ses aficionados, ses programmateurs professionnels, son tout-Paris branchouille à souhait, probablement l'essence de la boboitude. Mais on y trouve aussi des artistes, donc des propos sur le monde. Et le monde. Pour ma part, j'ai souvent été bluffé, et ai eu mon lot d'émotions et de larmes.

(…)


J'ai vu un quinqua marseillais planter sa tente et faire la pute pour retrouver un job, te raconter comment, enfant, la poissonnière annonçait le poisson vivant au prix du poisson mort en fin de marché, parce que le mort, il est toujours moins cher. Jubilatoire et pathétique, il te dit une histoire qui ne peut être que la sienne tant elle est vraie, te prend à témoin, t'entraîne dans le bonneteau du parcours professionnel, là où tu perds ta mise, au troisième crédit à la consommation, sur une délocalisation. Alors tu renonces à un CDI, à des heures supplémentaires, tu renonces aux RTT, tu donnes des heures gratuites, du chômage partiel, tu donnes tout pour garder un chouïa, tu donnes tout quitte à ne plus valoir qu'un mort. Tu penses au sordide chantage de Peugeot à Sevelnord. Tu pleures.

Tu me dis parfois que je parle trop d'art lyrique, trop de théâtre. Ou que je fais trop de politique. Tu préfères quand je parle de famille, de souvenirs. De mon père, de ma mère. Mais qu'est-ce que je fais si tout cela se mêle, comme dans la vraie vie ? Si le plan social chez Peugeot, c'est à la fois ma vie, ta gueule de bois, sa souffrance, si la violence est dans les souvenirs ? Si l'art s'empare du réel et fait de la politique, avec cette puissance ? Si l'art éclaire toute la férocité du monde, jusqu'à oser clamer que le libéralisme nous a ramené à ce point incroyable, où le vivant se donne au prix du mort !

Le journal de Saône et Loire  samedi 21 juillet 2012
Gros plan sur la rue

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Prêt à tout pour l’emploi


Lutte musclée contre le chômage, Francis Dezelle vous invite au grand entretien.

Sous un auvent de caravane, Francis Dezelle (2L) est prêtà l’emploi. Au sens propre. Marre du chômage, Francis y va fort. Vous êtes ici conviés à un entretien collectif. Le vivant au prix du mort.  C’est ainsi qu’enfant, sur le port de Marseille, il entendait la poissonnière solder son stock. Ce grand gaillard plein d’énergie va vousharanguer, futurs potentiels employeurs, façon fin de marché, vente flash et  ring de boxe.


Dans sa première création, la compagnie 2L au quintal de Doreen Vasseur et  Bernard Llopis propose un spectacle grinçant et touchant sur le monde des non assistés, ceux qui voudraient bien mais qui ne peuvent point.
Une comédie douce-amère qui cogne là où ça fait mal.


M.P​


Télérama Sortir n°3307

1 juin 2013

Bernard Llopis : un cador de la rue

 


 

Bernard Llopis arpente le bitume depuis plus de vingt ans, travaillant avec les compagnies Générik Vapeur, Métalovoice, Ilotopie, Artonik et No Tunes International. D’un spectacle à l’autre, il s’est imposé, avec une énergie charismatique, comme l’un des meilleurs comédiens des arts de la rue. Aujourd’hui, alors que les cogne-trottoir de sa génération ronronnent dans un conformisme désabusé, il crée son premier spectacle solo, Le Vivant au prix du mort. Ce titre, c’est la devise d’une poissonnière du Vieux-Port qu’il a fait sienne pour clamer sa rage. « On considère les vivants comme des morts, on les brade. Mais est-on prêt à se vendre à n’importe quel prix ? » Avec sa carrure imposante, le comédien endosse le rôle d’un chômeur. Et quand un type de plus d’un quintal parle, ceux de 60 kilos l’écoutent. Qui plus est s’il porte des gants de boxe ! L’homme, qui n’a plus que ses poings pour se défendre, harangue sur la place publique de potentiels employeurs. Pour un CDI, il offre un pack illimité avec gratuité des heures supplémentaires, des congés maladie, des jours fériés, y compris le sacro-saint 1er Mai. C’est son dernier combat. Pour Bernard Llopis, c’est un corps-à-corps poignant, terrifiant parfois, drôle par moments, et la promesse d’un bel avenir pour un comédien qu’on aura plaisir à retrouver dans d’autres… emplois.​

​Thierry Voisin

La montagne – vendredi 16 août 2013

PREALABLES. Jussac a accueilli mercredi l’irrésistible ring social de la compagnie  2[L] au quintal.

Vente de CV à la criée ? C’est peuchère !

 

 

 

 

 

Question de vie échouée au bord du marché du travail en berne : Bernard Llopis et sa compagnie 2[L] au quintal ont marqué des points, mercredi, sur le petit théâtre de verdure de Jussac institué en ring, en marché à la criée. Un spectacle des Préalables porté par un acteur marseillais de poids !

 

Harangueur de foule aussi en couleurs que le vendeur de rascasses du vieux port de Marseille – sans oublié l’accent primordiale au passage -, Bernard Llopis n’est pas que fort en gueule. Stature imposante et coffre puissant, l’acteur de la compagnie 2[L] au quintal y associe l’art de la nuance, de l’écriture ciselée comme un ouvrage de marquèterie.

 

Coup de poing autant que coup de cœur

 

En témoigne Le vivant au prix du mort, spectacle coup de poing autant que coup de cœur donné mercredi sur le petit théâtre de verdure de Jussac. Une vente à la criée sensible et hilarante où le vivant, comme sur les étals à poisson de la cité phocéenne, se vend avantageusement au prix du mort. Et le vivant dont il est précisément question, c’est « Francis Dezelles », chômeur de son état, et bien décidé à ne pas rester frileusement exilé … au Pôle Emploi. Le verbe emporté comme la vie qui file vite, le phrasé sec comme un coup de trique, le personnage assène avec vigueur le fracas des laissés-pour-compte de la société. Son CV ? « Corps vivant » ! Qu’il ne rechigne pas à monnayer avec talent. Mais par-delà la gouaille savoureuse, les entrechats langagiers, Bernard Llopis joue avec les registres comme un boxeur se joue de son adversaire. Tantôt cabotin, en vendant des candidatures à la criée, tantôt grave, lorsqu’il endosse sans ciller le costume d’une prostituée blessée par la mauvaise fortune.

 

Sentir le monde

 

On songe à la fois à l’oncle Gabriel de Zazie dans le métro, mais aussi aux écorchés vifs de Jean Genet. Avant d’être invité ailleurs, du côté du rire, domaine dans lequel l’acteur donne et se donne sans compter. « Moi j’ai besoin de sentir le monde et me sentir dans la bonne tranche horaire ». Alors pour accorder les pendules, le public en a été quitte pour une bonne salve d’ironies bien ficelées, de textes écrits au cordeau.

Et en rentrant dans sa tente aux motifs fleuris pour quitter ses spectateurs, Bernard Llopis a signé le meilleur des contrats : celui d’un assentiment entier du public. Un beau et grand moment …

 

Julien Bachellerie

GRANDHAM Brocante : le spectacle de rue a attiré du monde

Publié le samedi 21 juillet 2012 à 11H00 - Vu 43 fois

 

 

Comment se vendre ?

Comme beaucoup de manifestations, la brocante a été perturbée par la météo capricieuse, rebutant de nombreux exposants à venir s'installer. Plusieurs expositions de photos étaient prévues, mais une seule était présente.

Cependant les organisateurs gardaient le sourire, les éclaircies de l'après-midi ont ramené les visiteurs principalement pour assister à la 4e édition du spectacle théâtre des routes, en partenariat avec le festival Furies, de Chalons en Champagne, qui fait partie des cinq plus grands festivals de rue et cirque de France.

Dans le cadre d'une opération décentralisée en milieu rural, la compagnie « 2L au Quintal » s'est déjà produite à La Cassine et au Lycée Agricole de Rethel.

Avec pour titre « Le vivant au prix du mort » la pièce nous montre un homme, Francis Dezelle, 2 mètres, 1 quintal, devant sa tente colorée installée sur la place publique. Ancien boxeur, il cherche du travail, il est prêt à tout pour qu'on lui en offre. Ses mots cognent avec force pour que ça frappe là où ça fait mal !

Cette création s'intéresse aux laissés pour compte, sortis du système.

Des sujets d'actualité sont abordés : le pouvoir, la politique, la finance, le travail et ses conséquences sur la société.

« Profitez-en, le vivant est au prix du mort » conclut l'acteur, devant un public (d'au moins 150 personnes) conquis par la brillante prestation en solo.

STRADDA
Le magazine de la création hors les murs
N°25 juillet 2012

Le Vivant au prix du mort

Nous ne sommes pas là pour faire un cours d’économie. Laissons plutôt le boxeur, alias Francis Dezelle, 2 mètres, un quintal, 50 ans, sans emploi, nous faire l’article avec gouaille. Des coups, il en a reçu, mais pas d’aussi violents que ceux infligés par le marché de l’emploi, saturé, inaccessible.  Alors il a décidé de prendre les devants et de venir à la rencontre des employeurs – spectateurs – en installant sa tente sur la place publique.

Bradé ! Ce personnage coloré, tantôt comique, tantôt émouvant, est né dans l’esprit de Bernard Llopis il y a deux ans. Il a fait un rêve : il se revoit avec son grand-père sur le vieux port à Marseille au moment de la criée : « le poisson vivant au prix du mort » clamait la poissonnière ! Le comédien, historique de Générik Vapeur, collaborateur de No Tunes International, décide d’adapter cette maxime à la situation que l’on vit : « On considère les vivants comme des morts, on les brade. Quelle valeur marchande a-t-on ? Quel est notre prix ? A quelle promotion sommes-nous confrontés ? », tels sont les enjeux que Bernard Llopis décortique dans son premier spectacle solo en vingt ans d’activisme, aidé par Doreen Vasseur à la mise en scène. Pendant une heure, le boxeur se déshabille, entre monologues intimes (au micro) et observations économico-piquantes qui entrent en résonnance avec le quotidien d’une flopée de futurs chômeurs, habitués des CDD, et précaires en tous genres.
                      Le 26 mai, en plein cœur d’une petite cité, le spectacle a rencontré un bel écho. Alors doit-on se vendre au rabais pour ne pas finir mort ? Est-ce le seul modèle de société que l’on nous propose ? 2012, le changement est peut-être en marche, mais long et sinueux est encore le chemin. Allez Bernard !


Emmanuelle D​reyfus

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